CHAPITRE 2
CHAPITRE DEUX – CHOC
Ça fait deux jours que papa est mort, il a été enterré dans le Tombeau de Sélim II, avec tous ses prédécesseurs.
L'ambiance sombre et solennelle traîne encore au palais, la peur des citoyens se lisait dans leurs yeux quand je suis allée au marché hier.
J'ai peur pour les civils, ce sont eux qui vont le plus souffrir quand la bataille pour le trône va commencer.
La belle infrastructure de notre cher pays va être détruite, mes frères vont s'entretuer, leurs femmes, leurs concubines et leurs enfants vont devoir payer le prix.
"Votre Altesse ! Votre Altesse !" appelle Nigar, et ça me sort de mon délire.
"Quoi ?" je demande sans me retourner.
"Le Grand Vizir Ibrahim Pacha est arrivé avec un parchemin qui contient le nom de notre prochain dirigeant."
"Quoi ?!" je demande pour être sûre que je n'hallucinais pas.
Mais l'excitation dans ses yeux et le sourire sur ses lèvres ont confirmé.
"Il a demandé à tous les membres de la famille royale de venir au tribunal."
En entendant ça, c'était comme si on m'avait enlevé un poids de la poitrine, oui, j'avais encore un peu mal au cœur, mais le bonheur semblait prendre le dessus.
"On dirait qu'il n'y aura plus d'effusion de sang," je pense tout haut.
"Où est ma mère ?"
"Déjà au tribunal, Votre Altesse."
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En entrant dans le tribunal, je vois que c'est blindé de membres de la famille, ceux que je connais et ceux que je n'ai pas vus depuis des siècles.
Quand est-ce que la dernière fois que toute la famille royale s'est retrouvée dans la même pièce, je ne m'en souviens pas.
Je veux dire, la plupart du temps, ils se crêpent le chignon.
"Bitaqir, assieds-toi avec moi," mon demi-frère, le Prince Aroald, m'appelle en passant.
Le Prince Aroald, mon frère aîné, c'est mon préféré de tous mes frères.
Je peux m'entendre avec tous mes frères, mais je sens leur énergie fausse.
Mais Aroald, il est tellement vrai et terre à terre, sans vouloir être partiale ou biaisée.
À ma gauche, il y a le Prince Sélim, mon deuxième frère préféré. Sélim le coureur de jupons, Sélim avec le plus grand harem, Sélim celui qui a toujours des problèmes avec le roi, ce Sélim qui est le plus gentil est mon frère chéri qui m'a appris à manier l'épée et le combat corps à corps en secret, car une Princesse ne devrait rien avoir à faire avec aucune forme de violence. C'est mon frère bien-aimé que je chéris plus que tout au monde.
"Petite sœur, comment vas-tu ?" demande Sélim de sa voix toujours enjouée, mais Bitaqir a détecté un sentiment étrange venant de Sélim.
"Frère, ça va ?" demande Bitaqir, inquiète, mais Sélim balaie ça d'un revers de main.
"Non ! frère, tu tapes du pied, ce qui veut dire que tu es anxieux ou inquiet... ou mieux encore, les deux !" dit Bitaqir à son frère à voix basse.
"Tu vas bientôt savoir, je te le promets," répond Sélim en regardant sa jeune sœur, des signes d'inquiétude scintillant dans ses yeux.
"Frè\..." commence Bitaqir, mais elle est interrompue par les Aghas qui annoncent l'arrivée d'Ibrahim Pacha.
"On continuera ça plus tard," Bitaqir lance un regard noir à son frère et Sélim hausse juste les épaules innocemment.
Ibrahim Pacha entre dans le tribunal et le tribunal devient si silencieux que si on faisait tomber une épingle, tout le monde l'entendrait.
Tout d'un coup, on dirait que tout se passe au ralenti.
On dirait qu'Ibrahim Pacha compte ses pas et prend beaucoup de temps pour atteindre le podium, ou est-ce juste moi qui suis trop impatiente ?
Finalement, il atteint le podium, agitant un parchemin qu'on peut tous clairement voir qu'il était encore scellé avec le sceau du défunt roi.
"Salam," il brise enfin le silence.
Il ouvre le parchemin et commence à lire
"Moi, Sultan Soulayemane Khan, le treizième roi d'Azbedran, en pleine possession de mes moyens, sans contrainte ni influence indue, déclare que ceci est mon acte libre et volontaire.
Après observation et examen approfondi des capacités et des aptitudes de mes enfants, je proclame par la présente Shehzadi Bitaqir Khadija Khan, Princesse d'Azbedran, comme le dirigeant qui me succédera."
Le silence envahit le tribunal.