CHAPITRE VINGT-HUIT
Deux semaines ont passé depuis qu'on s'est barrés. On est entrés sur le territoire des vampires il y a quelques jours. On a dû attendre une semaine après notre évasion parce qu'Ekaterina est tombée malade. Le sort de protection en argent lui a pompé toute son énergie. Heureusement pour nous, elle s'est bien remise et a réussi à lancer un sort puissant pour qu'on puisse entrer sur le territoire des vampires sans éveiller les soupçons.
Les choses entre Théodore et moi, c'est pareil. Il me traite avec respect, mais à part ça, rien n'a vraiment changé. J'aimerais bien que ça change parce qu'avec la façon dont il prend soin de moi ces derniers temps, j'ai du mal à ne pas craquer pour lui. Des fois, je pense à tenter quelque chose entre nous, mais je ne passe jamais à l'action. Je suis trop timide, et puis, je ne veux pas me prendre un râteau si je me suis trompée sur ses intentions.
Théodore, Ekaterina et moi, on est dans les rues du territoire des Vampires, à demander à tout le monde où est Maman. Je crois que j'ai posé la question à plus de 100 personnes aujourd'hui, et aucune d'entre elles ne l'a vue ou ne sait où elle est. Je commence à avoir peur d'arriver trop tard pour la retrouver.
« Hé, » dit Théodore, en agitant les mains devant mon visage.
Je ne me suis même pas rendu compte que je m'étais perdue dans mes pensées. Quand je reviens sur terre, je vois que le soleil se couche, ce qui veut dire qu'une autre semaine est finie, et qu'on n'a toujours pas trouvé Maman ou eu de nouvelles d'elle. Je ne sais même pas quand j'ai commencé à pleurer jusqu'à ce que je sente les mains chaudes de Théodore toucher mon visage.
« Pourquoi tu pleures ? » Il demande, en essuyant mes larmes.
« Théodore, » je dis, en éclatant en sanglots rien qu'à l'idée que Maman ne soit plus en vie. Je ne veux même pas penser à ça si c'est vrai. Ça me tuera si je l'ai perdue. Théodore ne dit rien. Il me serre juste contre lui et m'enlace. J'enfouis ma tête dans sa poitrine et je pleure toutes les larmes de mon corps.
Je ne sais pas combien de temps on est restés dans cette position, mais quand j'ai arrêté de pleurer, le ciel était rempli d'étoiles et la lune était sortie. J'essaie de faire un pas, mais je manque de tomber. Je me tiens rapidement à Théodore, qui me soulève du sol et me prend dans ses bras. Je ne me plains pas et j'apprécie d'être dans ses bras. Théodore nous emmène à la voiture qu'on a louée quand on est entrés dans la ville. On loge dans un hôtel sur le territoire des vampires.
Ainsi, en marchant vers la voiture, je ne peux pas m'empêcher de penser à ce que Théodore a fait pour moi aujourd'hui. Je n'arrive pas à croire que Théodore soit resté avec moi pendant que je pleurais pendant des heures. Il n'était pas obligé de rester là avec moi, mais il l'a fait, et maintenant il me porte jusqu'à la voiture alors que je suis sûre que ses jambes le tuent aussi d'avoir été debout pendant si longtemps. C'est exactement ce que je disais à propos de Théodore. Il est trop gentil avec moi, mais à part ça, rien d'autre.
Le lendemain, alors qu'on est dans le salon après une autre recherche infructueuse de Maman pendant la journée, Théodore sort de sa chambre. Théodore et moi, on partage une suite d'hôtel, mais il y a deux chambres à l'intérieur. Théodore a refusé que j'aie ma propre suite séparée. Je n'étais pas surprise parce que je connais déjà le côté possessif de Théodore.
« Tu as faim ? » Il demande, en venant s'asseoir à côté de moi.
« Oui, j'ai faim. Tu as commandé le room service ? »
« Non, je n'ai pas commandé. Je pensais qu'on pourrait sortir dîner ce soir ? »
« D'accord, je vais aller me préparer, » je dis, en me levant du canapé.
Je sors de ma chambre une fois que j'ai fini de changer de tenue. Théodore et moi, on sort de notre suite pour partir. Le sort qu'Ekaterina a lancé l'après-midi a toujours son effet, donc on n'a pas besoin qu'elle en crée un nouveau pour l'instant. Elle ne nous rejoindra pas pour le dîner. Elle est allée quelque part.
Théodore et moi, on entre dans le restaurant une fois qu'on arrive. On prend nos places sur les premières qui sont libres qu'on trouve.
« Donc, je me disais qu'on devrait commencer à la chercher pendant la nuit. On pourra rencontrer des vampires, et peut-être qu'ils l'auront vue, » dit Théodore en consultant le menu devant lui.
On a posé la question à des humains dans la ville, pas aux vampires. Il y a beaucoup d'humains qui vivent sur le territoire des vampires. Le territoire est comme une zone humaine normale, juste avec beaucoup de monstres suceurs de sang la nuit. Je pense qu'ils autorisent beaucoup d'humains à vivre ici, ce qui leur permettrait d'accéder plus facilement à leur nourriture. Je ne sais pas si les humains sont au courant des vampires, cependant, mais j'en doute. La plupart des vampires vous vident complètement de votre sang quand ils se nourrissent de vous. Donc, il n'y aura personne pour raconter l'histoire de la façon dont un vampire a pris leur sang.
« C'est ce que je pensais aussi qu'on devrait faire, » je dis en regardant le menu aussi.
« On peut commencer demain soir, » dit Théodore après avoir fini de dire au serveur ce qu'il voulait.
« On dirait un plan, mais il faudra faire encore plus attention, » je dis après avoir commandé ma nourriture aussi.
« Oui, on va faire ça, et on aura Ekaterina avec nous à tout moment. »
« J'espère qu'on la trouvera bientôt. »
« Ne t'inquiète pas, on va le faire. »
A mi-chemin du dîner, je m'excuse et vais aux toilettes. Après avoir fini de faire mes besoins, en sortant, je bouscule quelqu'un. Je m'excuse rapidement auprès de l'humain de l'avoir heurté, mais je me rétracte une fois que je vois l'humain.
« Ana, » dit Matt, choqué de me voir.
Je ne lui dis rien et je le dépasse. Il m'arrête en me prenant la main.
« Ana, s'il te plaît, permets-moi de m'excuser pour ce qui s'est passé ce soir-là. »
« Je n'ai pas besoin de tes excuses, Matt. »
« Même si je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris ce soir-là. Ce n'est pas mon genre de faire une chose pareille avec toi. Je suis vraiment désolé de t'avoir blessée. »
« Comme je l'ai dit, Matt, je n'ai pas besoin de tes excuses, alors lâche ma main. »
« S'il te plaît, pardonne-moi et reviens vers moi. Tu me manques, » dit-il, en me tirant près de lui.
« Tu es malade de la tête ? Je ne reviendrai jamais avec toi, et tu vas lâcher ma main, » je dis et je retire ma main de force de sa prise, mais je crois que je l'ai fait un peu trop tard une fois que j'entends ce grognement familier qui fend la terre.
Je regarde de l'autre côté de la pièce, et là se tient un Alpha king en colère, sur le point de dire à tous les vampires ici qu'il est un loup-garou et aussi de décapiter Matt. Théodore fait des pas dangereux vers nous, et alors qu'il est sur le point de toucher Matt, je pose ma main sur sa poitrine pour le calmer.
« S'il te plaît, calme-toi. Ce n'est qu'un humain stupide. On ne peut pas se permettre de nous exposer à cause de lui, » j'essaie de raisonner Théodore, qui a les yeux fixés sur Matt derrière moi. Je pose ma main sur son visage et la déplace vers le mien. Je le regarde dans les yeux et le supplie de se calmer avec mes yeux. Après ce qui semble être une éternité, Théodore dit les mots que j'attendais d'entendre.
« Tu as de la chance ce soir, humain. Je vais te laisser la vie sauve aujourd'hui, même si tu as touché ce qui est à moi, » dit Théodore et me prend la main.
« Merci de ne pas l'avoir tué, » je dis, alors que Théodore m'entraîne dehors avec lui.
« Pourquoi tu as permis à l'humain de te toucher ? Tu sais combien je déteste quand les mecs te touchent, » dit Théodore, l'air en colère.
« Je sais, et je suis désolée. Ça ne se reproduira plus, » je dis, en essayant de le calmer.
« Assure-toi que ça ne se reproduise plus jamais, » dit Théodore, en nous emmenant vers la voiture.
« Je le promets. »
En allant vers la voiture, je vois quelqu'un assis sur le capot du véhicule. Pourquoi quelqu'un s'assiérait-il sur la voiture ? Je suis sur le point d'en parler à Théodore quand il dit soudain le seul mot que je crains le plus depuis notre entrée sur le territoire des Vampires.
« Ils savent, cours, » dit Théodore, en m'attrapant avec lui.
« Comment ? » je demande, en courant à côté de Théodore.
« Ils ont dû entendre mon grognement dans le restaurant et ont deviné qu'on était des loups-garous, » dit Théodore, en courant dans les bois près du restaurant.
Le territoire des vampires est entouré d'arbres partout. Je crois que c'est comme ça pour éviter trop de soleil dans la zone.
« On devrait se transformer ? »
« Non, ils nous trouveront plus vite s'ils peuvent nous sentir. On a encore leur odeur, donc pas avant que ce soit nécessaire. »
On continue à courir pendant quelques minutes. Je suis sur le point de dire à Théodore que je crois qu'on a distancé les vampires quand l'un d'eux nous rattrape.
« Bonjour, Loups-garous, » dit un jeune vampire, en courant à côté de Théodore.
« Ça vous dérange si on se joint à la fête ? » dit un plus âgé, en souriant.
Théodore arrête de courir, attrape celui à ses côtés par le cou et le projette plus profondément dans les bois. Celui à mes côtés essaie de m'attraper, mais je l'esquive. Théodore vient rapidement à l'aide et le jette au loin.
« Je crois qu'il en arrive d'autres ? » je dis, à bout de souffle. Je sais que c'est à cause de la course.
« Oui, je peux les sentir. Tu me fais confiance ? »
« Oui, je te fais confiance, pourquoi tu me demandes ça maintenant ? » je demande, confuse. Théodore et moi, on a traversé l'enfer ensemble aux mains des chasseurs d'humains, alors bien sûr, je lui fais confiance. Il m'a aussi beaucoup aidée à retrouver Maman.
« C'est bien que tu fasses confiance parce que j'ai besoin que tu me fasses confiance et que tu fasses ce que je vais dire sans me poser de questions. »
« D'accord, » je me demande ce qu'il va dire.
« On doit se séparer. »
« Non, on ne devrait pas. Pourquoi tu suggères ça ? » Je ne suis pas d'accord. Je me demande pourquoi il suggère ça maintenant.
« Tu me fais confiance ? » Il demande encore.
« J'ai déjà répondu à ça, alors réponds à ma question. Pourquoi on devrait se séparer ? »
« Fais juste ce que je te demande puisque tu me fais confiance. La sortie du territoire des vampires n'est pas loin d'ici. Une fois que tu seras dehors, attends-moi à la cabane, » dit Théodore, en s'éloignant de moi.
« Non, je ne veux pas être séparée de toi, » je dis, en l'arrêtant.
« Fais-moi confiance, c'est le meilleur moyen de nous sortir d'ici tous les deux vivants, » dit-il et m'embrasse sur le front avant de se remettre à courir.
Je pense à lui désobéir et à le suivre, mais je décide de faire confiance à Théodore et de suivre son plan. Je cours dans la direction opposée à lui.
Je cours aussi vite que mes jambes humaines peuvent me le permettre. Je ne m'arrête qu'une fois qu'un hurlement se fait entendre dans les bois. J'ai immédiatement compris pourquoi Théodore voulait qu'on se sépare. Je me concentre et j'essaie d'entendre si quelqu'un court vers moi, mais je n'entends personne venir dans ma direction. Je n'entends que ceux qui vont dans la direction d'où le hurlement s'est fait entendre. Je n'arrive pas à croire que Théodore risquerait sa vie pour moi comme ça.
Je continue à courir pour ne pas que le sacrifice de Théodore soit vain, mais je m'arrête à nouveau une fois que j'entends un loup gémir de douleur. Ils font du mal à Théodore. Je dois y aller et le sauver. Je cours vers la direction d'où je peux entendre les gémissements. J'essaie aussi de sentir l'odeur de Théodore dans les bois pour m'aider à y arriver plus vite. Je pense même à me transformer parce que, sous forme de loup, je suis plus rapide, mais je décide d'attendre d'y arriver.
Je sens l'odeur de Théodore de plus près en courant, et je change d'avis et me transforme. Je peux sentir son odeur mélangée au sang. J'espère que je n'arrive pas trop tard. Je peux sentir le vampire tout près aussi. Mes pattes frappent le sol durement alors que j'augmente ma vitesse.
Je suis arrivé là où l'odeur de Théodore et des vampires provenaient, mais je n'ai pas pu voir Théodore ou les vampires. Et si je suis trop tard et qu'ils ont déjà déchiré son corps en morceaux. Je reprends ma forme humaine et m'approche du sang au milieu du champ. D'ici, le sang semble avoir beaucoup d'odeur de vampire. Je m'accroupis et je pose mes mains sur le sang. Je rapproche mes doigts de mon nez et je renifle le sang pour voir s'il contient l'odeur de Théodore. Au moment où l'odeur du sang s'enregistre dans mon cerveau, des larmes coulent de mes yeux. C'est le sang de Théodore, et je ne peux même pas trouver son corps.