Chapitre 53
C'était sûr que je n'étais pas stable émotionnellement le soir où j'étais censée me battre. Mais bon, j'ai pas vraiment le choix, si ?
J'étais plantée juste à côté des escaliers qui menaient au ring, les rugissements de la foule qui me vrillaient les oreilles. Ça me répugnait de voir à quel point ils étaient excités de regarder une telle violence et ça me répugnait encore plus quand je me suis souvenue que c'était moi qui leur offrait ce divertissement. Ça me donnait envie de gerber, mais je me suis vite repris. J'ai pris la décision que je ne pouvais pas me laisser tuer. Y avait trop en jeu. J'étais si près de mettre ma famille et tous ceux que j'aime en sécurité. J'avais juste besoin de battre Cole. Mais il fallait d'abord que je grimpe à cette échelle ; en me battant contre tous les mecs que je devais affronter pour y arriver.
Je devais faire tout ce qu'il fallait. N'importe qui qui me regardait bien aurait vu à quel point j'étais instable. Les regards méprisants que j'ai reçus de la femme qui m'a appelée du vestiaire en étaient la preuve. Elle pensait pas que j'allais survivre à la nuit. Mais fallait que je le fasse. Y avait pas d'autre choix pour moi.
J'ai essayé de me calmer, d'écarter les pensées qui semblaient gravées dans ma tête et de me concentrer sur le combat.
Quand on a prononcé mon nom, j'ai secoué légèrement mes mains et j'ai expiré une bouffée d'air, faisant semblant que c'était toutes mes inquiétudes. J'ai affermi mon expression du mieux que j'ai pu. Je vais gagner ce combat.
Je me suis arrêtée net devant mon adversaire et j'ai été choquée de voir une femme cette fois. Pendant tout le temps que j'ai passé dans cette compétition, je n'ai encore jamais vu d'autre concurrente féminine. Et finalement en rencontrer une. Si près des demi-finales, c'était surprenant. La femme a souri en coin en me voyant, moi qui étais plus fine. Son corps était tout en muscles et elle était probablement un demi-pied plus grande que moi. Elle était définitivement plus costaud.
Elle a fléchi son bras, je suppose que c'était pour m'intimider.
Sa suffisance allait la perdre. J'aurais cru qu'en tant que femme, elle saurait mieux que de sous-estimer quelqu'un de plus petit qu'elle. Elle était costaude, mais elle ne tenait pas la comparaison face aux concurrents masculins.
La cloche a sonné et elle s'est reculée sur ses talons. Elle m'a fait signe avec son doigt et un sourire narquois avec un de ses sourcils relevés de façon suffisante.
Je lui ai lancé un regard impassible et je me suis jetée droit sur elle. Je l'ai touchée au milieu du corps et je l'ai poussée aussi fort que possible pour la plaquer sur le sol dur du ring. J'ai enjambé son corps et j'ai commencé à frapper. J'ai commencé à viser son nez et elle a commencé à se couvrir les tempes après que j'ai donné quelques coups. Sorti de nulle part, elle a agrippé mon épaule gauche avec sa main droite et m'a tirée vers ma droite. J'ai fini par rouler sur le côté avec mon dos collé au sol et c'était elle qui était au-dessus maintenant.
Je lui ai donné un coup de coude aux cuisses de chaque côté de moi et j'ai lutté pour sortir mes jambes de dessous elle afin de prendre l'avantage.
J'ai croisé mes chevilles pour verrouiller mes pieds autour de sa taille et je l'ai tirée en arrière avec mes jambes quand elle allait me frapper, ce qui l'a fait rater.
Quand j'ai remarqué qu'elle perdait l'équilibre après avoir raté son coup, je l'ai tirée en avant à nouveau pour lui donner un coup de poing en plein visage. Je l'ai tirée en arrière avant qu'elle ne puisse se venger de ce coup de poing. J'ai répété ça quelques fois de plus pour maximiser les dégâts que je pouvais lui faire avant qu'elle ne puisse comprendre mon rythme et se débattre.
Après m'être amusée à la tirer en arrière et en avant comme une poupée de chiffon, j'ai attrapé ses épaules. J'ai planté mon pied sur le milieu de son corps avant de la jeter par-dessus ma tête. Je me suis mise sur mes pieds aussi vite que possible pour mettre la distance nécessaire entre nous pour que je sois en sécurité.
Ses yeux se sont plissés sur moi alors qu'elle se débattait pour se tenir debout sur ses deux pieds. Il y avait une traînée de sang qui sortait de son nez. Un bleu se formait sur sa joue gauche et ses yeux gonflaient. Je lui ai fait un sacré numéro.
Je pouvais voir la colère dans ses yeux quand on s'est regardées et ça m'a rappelé la mienne quand je me suis regardée dans le miroir ce matin. Une colère qui était recouverte de tellement de haine que j'avais du mal à distinguer l'une de l'autre. La similitude entre le regard dans ses yeux et le mien ce matin était qu'ils étaient tous les deux dirigés vers moi.
Je n'ai pas eu assez de temps pour esquiver sa silhouette qui arrivait quand elle a couru droit sur moi. Je l'ai contournée sur le côté à la dernière seconde avant qu'elle ne puisse m'attraper. J'ai senti le vent de sa silhouette qui passait me frôler la peau, à quel point cette rencontre était proche. Ça n'a pas tardé pour que je réagisse cette fois. J'ai couru après elle alors qu'elle courait droit vers la corde et qu'elle rebondissait dessus, revenant là où j'étais.
Cependant, ce qu'elle n'a pas anticipé, c'est comment j'ai couru après elle. J'ai sauté et j'ai donné un coup de pied rotatif. Je l'ai touchée en plein sur la tempe, sa tête a basculé sur le côté sous le choc lorsque mes pieds sont retombés au sol. Ça a commencé à faire mal après avoir heurté avec autant de force.
Ma poitrine se soulevait pendant que je la regardais s'effondrer sur ses genoux, serrant sa tête entre ses mains. J'ai chassé la sympathie de mon système, la gardant pour plus tard. Depuis que j'ai réalisé à quel point les vies des gens sont affectées par les blessures qu'ils subissent lors de ces combats, je ne pouvais plus voir les conséquences de mes combats de la même façon. Je n'arrêtais pas de voir des vies ruinées après des vies. J'ai perdu cet amour que j'avais pour me battre, pour l'adrénaline qui m'aidait à me battre au lieu de fuir la scène.
Quand l'arbitre a décidé qu'elle n'était plus apte à se battre puisqu'elle pouvait à peine se tenir debout sans chanceler, il a levé ma main et s'est tourné vers la foule, m'annonçant comme la gagnante.
Contrairement à toutes les autres fois, je n'ai ressenti aucune victoire, je n'ai ressenti aucune satisfaction. Tout ce que j'ai ressenti, c'était du soulagement. Du soulagement d'être une étape plus proche de la sécurité de ma famille. Je dois juste faire un autre combat avant d'affronter Cole et de le battre.
Je me suis retirée, sortant des projecteurs aussi vite que possible. Je suis retournée au vestiaire et j'ai pris mes affaires. Je me suis assurée de vérifier le tableau qui se trouvait dans les couloirs sur mon chemin pour mon prochain combat et j'ai mis un rappel sur mon téléphone.
Je suis retournée à mon vélo, enfouissant mon téléphone dans mon sac de sport. J'étais à cheval sur mon vélo, prête à rentrer à la maison, quand une voix m'a arrêtée.
« Case ! » J'ai tourné la tête en arrière, mes pieds ont démarré mon vélo. Je dois arrêter de rencontrer toutes ces personnes que je ne veux pas rencontrer après mes combats. Mon pied me fait mal comme une salope après ce dernier coup de pied et je boitais toujours.
« Va te faire foutre, Dom ! » je lui ai crié en retour, mon majeur levé pour lui faire un doigt d'honneur par-dessus mon épaule. J'ai senti une main atterrir sur mon épaule et je l'ai attrapée, la tordant douloureusement par son pouce.
« Ne pose pas tes mains sales sur moi. » J'ai craché alors que je jetais sa main loin de moi. Je ne me suis pas donné la peine de le regarder alors que je me préparais à foncer.
« Si tu te soucies des frères et sœurs de ton copain, tu vas m'écouter. » Il n'a pas eu besoin d'élever la voix, mon sang était déjà glacé par ce qu'il a dit.