Chapitre 18
L'emplacement de la maison des Wilson…située assez isolée à la périphérie de la ville ; bordant les bois…avait été un environnement idéal et avantageux pour qu'Adèle grandisse ; et ce, pour deux raisons importantes. Premièrement, cela l'éloignait de la ville ; où elle était souvent confrontée à des moqueries dégradantes de la part des enfants résidant en ville…surtout ceux de son âge qui la connaissaient de l'école. Deuxièmement, cela lui permettait de passer du temps de qualité avec Grand-père Joe ; juste tous les deux, passant des heures à se promener dans les bois. C'est Grand-père Joe qui a inculqué à Adèle son appréciation pour la beauté dans la simplicité de la nature ; et en y parvenant, d'une manière détournée, il a indirectement appris à Adèle comment voir et valoriser la beauté intérieure naturelle, même dans sa propre simplicité.
Pour Adèle, c'étaient sans aucun doute les moments qu'elle appréciait le plus passer avec lui ; et ils restent les souvenirs les plus précieux et les plus chéris de lui qu'elle conserve. Et même si plusieurs années se sont écoulées depuis sa mort, Adèle savoure toujours chaque instant qu'elle passe dans ces bois. D'une certaine manière, c'est presque comme s'il n'était pas parti ; parce que le lien qu'ils partageaient là-bas auparavant subsiste d'une manière ou d'une autre entre eux jusqu'à ce jour. Tant qu'il y aura de la nature à admirer, Grand-père Joe sera toujours avec elle.
Depuis sa mort, les visites d'Adèle dans les bois se faisaient toujours en solitaire…elle ne demandait même pas à Grand-mère de l'accompagner…car cet endroit merveilleux était juste le sien et celui de Grand-père Joe. Elle n'a jamais eu envie de le partager avec quelqu'un d'autre à part lui…du moins jusqu'à récemment. Car aujourd'hui, Adèle a invité Nadine à se joindre à elle.
Adèle et Nadine ont traversé les bois pendant des heures ; Adèle indiquant à Nadine certains des endroits préférés qu'elle et son grand-père avaient l'habitude d'apprécier le plus. Et en arrivant dans une clairière avec un ruisseau qui la traverse, elles décident de s'y reposer et de profiter du rythme tranquille du ruisseau babillant.
Nadine ne sait pas si c'est parce qu'elle a passé les deux dernières heures à se prélasser dans les rayons chaleureux et apaisants d'un soleil d'après-midi agréablement aimable ; ou parce qu'elle a respiré un air sensiblement plus frais et plus croustillant par rapport à celui de la ville ; ou s'il s'agit de toute la faune différente à laquelle Adèle l'a exposée aujourd'hui…ou d'une compilation de tout cela cet après-midi…mais aujourd'hui, Nadine se sent plus vivante qu'elle ne s'est sentie depuis qu'elle a découvert le retour de sa leucémie…peut-être même dans toute sa vie. La vie abonde dans cet endroit. Et malgré le fait qu'elle sache que sa propre vie pourrait bientôt prendre fin, Nadine n'est pas contrariée ni ne ressent de désespoir ici. Au contraire, elle se sent étonnamment euphorique ; en totale paix avec le monde. C'est comme si la nature lui permettait de se nourrir de sa vie. Et bien qu'elle soit en proie à une déchéance fataliste…d'une certaine manière, elle ne l'est pas ; du moins pas ici, en ce moment.
« C'est tellement beau ici. J'ai vécu ici toute ma vie, mais je n'ai jamais su que cet endroit existait. Je veux dire, je savais qu'il y avait des bois en dehors de la ville ; je n'ai juste jamais pris la peine de venir ici avant. » Elle réfléchit un instant avant de continuer : « Je suppose que parfois, on ignore et on tient les choses pour acquises. Merci de m'avoir emmenée ici et de m'avoir fait visiter, Adèle. »
« De rien. Mon Grand-père Joe avait l'habitude de dire que si les gens ne prennent pas le temps de se connecter à la nature, ils perdront le contact avec l'humanité ; et finalement avec eux-mêmes. » Adèle commence à regarder autour d'elle pour s'imprégner de la beauté des environs. « J'aime venir ici…c'est agréable, calme et paisible. J'aime venir ici et réfléchir. »
« Réfléchir à quoi ? »
« Oh…toutes sortes de choses. »
« Eh bien ; c'est sûrement l'endroit idéal pour ça. »
Adèle regarde toujours autour d'elle. « Euh-hum…J'adore venir ici et être seule… » Elle se tourne rapidement vers Nadine et se rétracte en s'excusant : « Non pas que ça me dérange d'être ici avec toi, Nadine. Je ne voulais pas dire ça. Je suis contente que tu sois là avec moi maintenant. »
Nadine adresse à Adèle un sourire délicat et rassurant. « Et je suis contente d'être là avec toi aussi. Ne t'inquiète pas ; je sais ce que tu voulais dire, Adèle. » Elle marque une brève pause, puis demande : « Tu aimes être seule beaucoup ; n'est-ce pas ? »