Chapitre 7
« Ha en effet, M. Cooper… » M. Trudeaux se tourne vers Eddie, « mais peut-être ne devriez-vous pas être si prompt avec vos ‘ha'… car vous ne serez pas non plus son partenaire. »
Frankie s'exclame, « Ha ! »
M. Trudeaux se retourne vers le tableau noir. « Non… je vais choisir les partenaires pour ce projet… et j'ai décidé que Mlle Martin serait en binôme avec Mlle Wilson. »
Adèle se tourne rapidement de la fenêtre vers le devant de la salle de classe. Ses oreilles la trompent-elles… est-ce possible ? M. Trudeaux vient-il d'annoncer qu'elle allait être en binôme avec Nadine Martin ? Allaient-elles vraiment être amies pendant toute une année ?
Il regarde Nadine. « Je suppose que vous n'avez pas de problème avec ça, Mlle Martin ? »
Nadine regarde Adèle et sourit. Adèle sourit timidement en retour. Nadine, toujours souriante, se retourne vers lui et dit…
« Non… aucun problème, M. Trudeaux. »
« Bien… je m'en doutais. » Il recommence à écrire. « Et d'ailleurs, ça n'aurait rien changé… comme je l'ai dit, je vais assigner les binômes. J'ai choisi de vous associer à quelqu'un avec qui vous ne vous associeriez pas forcément… »
Frankie, étant le petit malin qu'il est, lâche cruellement, « Merde, dans ce cas, on devrait tous être en binôme avec Retard. »
Tous les élèves, sauf Nadine, Janice et Eddie, rient.
Restant dos à la classe, M. Trudeaux sermonne Frankie avec colère…
« M. Kowalski… si vous vous sentez obligé de prendre la parole sans y être invité dans ma classe, je vous implore d'avoir au moins quelque chose de productif ou de valable à dire… et pas seulement de le faire pour démontrer votre ignorance et vomir votre blabla de Néandertalien. » Il se retourne pour faire face à Adèle. « Je m'excuse, Mlle Wilson, pour la grossièreté de votre camarade de classe. »
Encore une première. Adèle a maintenant l'impression de devoir se pincer pour voir si elle est réveillée et pour s'assurer que ce n'était pas qu'un rêve fantastique. M. Trudeaux s'est excusé auprès d'elle. Personne en dehors du cercle de sa petite famille ne s'était jamais excusé auprès d'elle auparavant ; c'était toujours à elle de s'excuser, que ce soit de sa faute ou non… ce qui, dans la plupart des cas, ne l'était pas. Et même si le véritable coupable n'était pas celui qui devait s'excuser auprès d'elle, elle avait quand même reçu des excuses. Ça doit être un rêve.
Réalisant qu'il y a une tension persistante dans la pièce, Janice lève hésitamment la main et demande avec précaution, « Excusez-moi… M. Trudeaux ? »
« Oui, Mlle Damas ? »
« Quel est le but de ce projet ? Je veux dire… je suis désolée, M. Trudeaux, mais je n'en vois pas l'intérêt. »
Ayant retrouvé son sang-froid, M. Trudeaux explique…
« Le but… mes petits disciples sociologiques… c'est que vous êtes maintenant des lycéens de première ; et l'année prochaine, la plupart d'entre vous… certains d'entre vous prendront peut-être un peu plus de temps… » il regarde Frankie, « d'autres nécessiteront peut-être une intervention divine… »
Il se retourne vers la classe et continue…
« Mais une bonne majorité d'entre vous obtiendront leur diplôme et entreront dans ce qu'on appelle communément ‘le monde réel'. Et soyez assurés, vous serez souvent obligés d'interagir avec quelqu'un d'un milieu différent à un moment donné. Alors pourquoi ne pas saisir l'occasion maintenant… dans la sécurité de votre propre petit étang… pour apprendre à vous entendre avec les autres issus de milieux différents. Je veux que vous preniez le temps de faire l'expérience de passer du temps avec quelqu'un qui ne vous ressemble pas… de faire un effort honnête pour les comprendre… d'apprendre quelque chose à leur sujet. Et peut-être… quand ce projet sera terminé… » il sourit à Nadine, « peut-être même apprendre un peu quelque chose sur vous-mêmes. »
Adèle traînait, se tenant à l'écart, quand elle entend une voix familière crier…
« Adèle. »
Elle se retourne et, avec un regard surpris dans les yeux, s'exclame à haute voix, « Nadine ? »
Adèle fixe le sol tandis que Nadine et Trish s'approchent.
« Salut… on va au cinéma plus tard. Tu veux venir ? »
Jetée dans un état de légère confusion, Adèle est momentanément sans voix. Elle se demande si cette journée peut être encore plus fantastique. Après avoir vécu tous ces moments incroyables plus tôt ce matin, Nadine Martin lui demande maintenant d'aller au cinéma avec elle. Lorsqu'elle peut parler, tout ce qu'elle parvient à faire, c'est de se demander…
« Le cinéma ? »