Chapitre 8
Manquant de décorum, Trish remarque cyniquement : « Ouais… tu sais… des images diffusées sur un grand écran dans un théâtre. »
C’était le genre de remarque condescendante que Adèle connaissait trop bien ; le genre auquel elle s’attendait. Peut-être que le rêve touchait à sa fin, et qu'elle était sur le point de s'en réveiller. Indépendamment du fait que ce soit un rêve ou non, Adèle se sent maintenant mal à l'aise, et ses yeux visent encore plus bas vers le sol ; alors que son cou commence subtilement à se replier dans ses épaules.
Remarquant cela, Nadine a peur que le commentaire insensible de Trish ait effrayé Adèle d'accepter sa plus sincère invitation à aller au cinéma avec elles ; alors elle lance un regard réprobateur à Trish pour qu'elle arrête.
« Quoi ? »
« Bref… » Nadine s'adresse à Adèle, « Alors ; tu veux y aller ? »
Si ça n'avait été que Nadine, Adèle aurait sauté sur l'invitation ; mais le « on » implique plus qu'elle seule.
« Je ne sais pas. »
« Allez, ce sera amusant. »
Adèle accepte avec hésitation, en disant timidement : « Je suppose. »
« Super. Ma maman et moi, on viendra te chercher. Où est-ce que tu habites ? »
Faisant preuve de ses manières enfantines, Adèle répond comme n'importe quel enfant, « J'habite chez ma Grand-mère. »
Nadine pouffe. « D'accord… alors où habite ta Grand-mère ? »
Encore une fois, l'enfant en elle prévaut. « Elle habite chez moi. »
Avec la pure innocence d'Adèle qui rayonne à travers ces réponses enfantines simplistes, Nadine ne peut s'empêcher de rire. Pas pour être méchante… ça lui a juste fait franchement rire. Et Adèle le réalise ; surtout parce qu'elle recevait maintenant une accolade amicale de Nadine.
Trish, en revanche, n'est pas si amusée. Elle lève juste les yeux au ciel et secoue la tête.
Les amis de Nadine font la queue devant le théâtre quand la voiture de Cheryl Martin s'arrête. Janice est la première à remarquer Nadine et Adèle qui sortent du véhicule.
« Je n'arrive pas à croire qu'elle l'ait vraiment amenée. »
Trish, qui leur avait déjà parlé de l'invitée prévue de Nadine, remarque simplement : « Je te l'avais dit. »
De retour à la voiture, Cheryl dit à Nadine : « Écoute… je sais que tu voulais absolument voir le nouveau film de Johnny Depp le jour de sa sortie… mais c'est une soirée d'école. Alors je reviendrai te chercher ici dans deux heures. Compris ? »
Nadine sourit en lui adressant un salut vif et bâclé : « Oui, madame ; Maman. »
Cheryl secoue la tête en souriant : « D'accord, petite futée ; allez vous amuser. »
Nadine lui dit en plaisantant : « Je t'aime, Maman. »
Cheryl rétorque en plaisantant : « Ouais, ouais ; je t'aime aussi. Maintenant, fiche le camp. » Et alors que Nadine commence à s'éloigner ; elle crie une fois de plus : « Deux heures. »
Avant de s'éloigner, Adèle se penche et s'incline vers la fenêtre ouverte du passager. « Merci beaucoup de m'avoir ramassée et emmenée au cinéma, Mme Martin. »
Cheryl est encore un peu étonnée de la politesse et de la sincérité dégagées par cette adolescente. Aucun des autres amis de Nadine n'avait jamais été aussi bien élevé ou s'était comporté comme cet enfant l'avait fait lors de leur brève connaissance jusqu'à présent.
« De rien, Adèle. »
Adèle lui adresse un sourire tendre ; puis s'en va rejoindre Nadine et ses amis. Alors qu'Adèle s'éloigne, Cheryl regarde avec un sourire satisfait sur son visage.
« Adèle… tu connais déjà Janice de la classe de M. Trudeaux… et Trish était avec moi quand je t'ai invitée au cinéma. Et voici Sarah. Salut les gars, vous connaissez Adèle. »
Ils adressent à Adèle un bref hochement de tête et un « salut » laconique, juste pour être quasi-sociables ; mais seulement pour le bien de Nadine. Pendant ce temps ; Adèle, à sa manière typique, reste silencieuse tout en fixant le sol.
Alors que Nadine et ses amis discutent de bavardages oisifs, Adèle commence à observer son environnement étranger. À l'exception de l'école, elle ne va que rarement en ville ; préférant rester à la maison avec Grand-mère ou flâner dans les bois derrière leur maison, profitant de tous les plaisirs simples que Mère Nature a à offrir… comme elle le faisait avec Grand-père Joe. Adèle pense qu'il est préférable d'éviter d'aller en ville de toute façon ; car dans ces rares occasions où elle y va, elle se retrouve toujours à être taquinée ou moquée par quelqu'un là-bas. S'il n'y avait pas le fait que Nadine Martin lui ait demandé d'aller au cinéma avec elle, Adèle serait à la maison en ce moment avec Grand-mère.
Soudain, son attention est attirée par une paire de jeunes frères et sœurs taquinés par trois autres enfants qui mangent de la crème glacée.