Chapitre 4
M. Horace Trudeaux est l'une des rares personnes avec qui Adèle se sent à l'aise de communiquer. C'est peut-être parce que, comme elle, M. Trudeaux parle différemment de tout le monde à l'école… lui venant d'Angleterre. Et puisqu'ils se retrouvent dans la même situation, peut-être qu'elle le considère comme une sorte d'âme sœur. Mais non, c'est plus que probablement le fait que, contrairement à presque tout le monde à l'école, il… comme les autres sur sa liste « choisie »… lui montre une réelle gentillesse et du respect.
Sirotant sa boisson de choix, du thé Earl Grey, dans sa tasse préférée, M. Trudeaux est appuyé contre l'encadrement de la porte de sa classe, ruminant ce qui venait de se passer au casier d'Adèle il y a quelques instants. Il observe Nadine alors qu'elle fait le tour du coin du couloir, puis regarde vers Adèle.
Avec toutes ses affaires remises dans le sac à dos, Adèle est de nouveau sur ses pieds, se tenant rigidement en place avec son front appuyé contre son casier, soupirant. Elle attend que tout le monde s'en aille.
Une fois le couloir dégagé, Adèle regarde autour d'elle, prend une profonde inspiration et descend le couloir. Elle est accueillie par M. Trudeaux.
« Bonjour, Adèle. »
« Bonjour, M. Trudeaux. »
« Prête pour une autre année scolaire, Mlle Wilson ? »
« Oui, monsieur. »
« C'est bien. Et où allons-nous maintenant ? »
« Cours de maths de base. »
« Maths de base ? Mais c'est un cours que tu aurais dû suivre dès ta première année. Tu ne le prends que maintenant, en troisième année ? »
« Non… c'est ma troisième année que je le suis. »
« Excusez-moi ? Troisième année ? Alors, tu n'as pas encore réussi le cours, Mlle Wilson ? »
« Non, monsieur, M. Trudeaux… je veux dire oui, monsieur… Je l'ai réussi les deux fois précédentes. »
Il a l'air un peu perplexe. « Vraiment ? Adèle, puis-je voir ton emploi du temps un instant, s'il te plaît ? »
« D'accord. »
Elle fouille brièvement dans son sac à dos pour le chercher. Quand Adèle trouve l'emploi du temps, elle le lui tend, pointant sur le papier afin de se justifier…
« Voyez… Maths de base. »
Regardant son emploi du temps, « Oui, je vois. Maths de base, É.P., Compréhension de la lecture… » il lève les yeux vers Adèle, « Et je suppose… après l'avoir réussi deux fois auparavant… c'est ta troisième fois à suivre ce cours aussi, Mlle Wilson ? »
Adèle hoche la tête. Il regarde à nouveau l'emploi du temps.
« Appréciation musicale, D��jeuner, Économie domestique… et Étude le reste de la journée. »
Après avoir examiné sa soi-disant charge de cours, M. Trudeaux en est arrivé à la réalisation troublante que ce ne sont pas seulement les élèves du lycée qui sont injustes envers Adèle Wilson, car le système scolaire lui-même lui fait également un grand tort. En lui attribuant arbitrairement et uniquement ces cours de rattrapage et optionnels… en l'excluant des cours plus axés sur le plan scolaire en raison de sa légère « condition mentale »… on lui refuse systématiquement la possibilité d'obtenir une véritable éducation.
Tout en se tenant là, examinant l'emploi du temps d'Adèle et se demandant ce qu'il peut faire pour arranger les choses, Nadine lui vient soudainement à l'esprit, et la métaphorique ampoule s'allume vivement au-dessus de sa tête.
« Adèle, pourriez-vous avoir l'amabilité de m'accompagner au bureau ? J'ai besoin de parler à la Principal Davis de… »
Croyant soudainement qu'elle est en quelque sorte dans le pétrin, Adèle a immédiatement peur et l'interrompt. « Principal Davis… pourquoi ? Suis-je dans le pétrin ? Je suis désolée pour ce que j'ai fait, M. Trudeaux. Je… »
Il lui prend doucement les épaules et essaie de la rassurer. « Non, non, ma chère Adèle, détends-toi, tu n'es dans aucun pétrin. Permets-moi d'expliquer. J'ai besoin d'aide, et je peux vraiment utiliser ton aide. »
Adèle est stupéfaite. « Vous… avez besoin… de mon aide ? »
« Oui, si cela ne vous dérange pas. »
Totalement émerveillée par les événements de ce matin… d'abord, Nadine Martin connaissant son nom, et maintenant, M. Trudeaux lui demandant de l'aide… Adèle secoue rapidement la tête.
« D'accord alors ; on y va ? »
Encore un peu appréhensive, Adèle demande une dernière fois : « D'accord… alors… je ne suis pas dans le pétrin ? »
M. Trudeaux sourit. « Non, Adèle, tu n'es pas dans le pétrin. »
Tout comme on peut se demander ce qui est arrivé en premier, la poule ou l'œuf, on peut se demander la même chose à propos de Mlle Agatha Krinsky et de l'école. Semblant avoir toujours été là, certains affirment avec humour que le bâtiment a probablement été érigé autour d'elle. Maintenant, au début de la soixantaine, Mlle Krinsky est une figure permanente et aimée au Roosevelt High School.
Mlle Krinsky est assise à son bureau lorsqu'ils entrent au bureau principal de l'école.
« Bonjour, Mlle Krinsky. »
« Bonjour, Adèle, ma chérie. »