Chapitre 53
Adèle lève la tête, petit à petit, pour faire face à Estelle, et dit doucement, « Elle va plus mal. » Elles restent là, à se regarder en silence, jusqu'à ce qu'Adèle demande finalement, cash : « Nadine va s'en sortir, Grand-mère ? »
Estelle Wilson, c'est une femme forte, et elle va continuer à l'être pour Adèle quand le moment viendra d'être là pour elle quand Nadine passera l'arme à gauche. Mais elle ne veut pas être celle qui brise le cœur d'Adèle, elle n'a pas la force pour ça. Du coup, elle décide de répondre à sa petite-fille de la manière qu'elle pense être la plus honnête, mais aussi la moins directe possible. Elle se contente de dire…
« J'en sais rien, Suga'bear. »
Elle en est arrivée au stade où, au lieu que la chimio combatte la leucémie, c'est la leucémie qui combat la chimio. C'est une session difficile, parce que Nadine réagit mal au traitement. Adèle fait de son mieux pour réconforter Nadine pendant qu'elle vomit péniblement de la bile dans un haricot, tout en tremblant et en transpirant abondamment.
Cheryl, visiblement bouleversée, regarde sa fille souffrir avec beaucoup de détresse. Cheryl en est arrivée au stade où, même si elle proclame que Nadine va vaincre le cancer une fois de plus, elle le dit beaucoup moins souvent qu'au début. Et dans les rares occasions où elle le dit, elle a elle-même des doutes sur la véracité de cette affirmation, et maintenant elle doit se forcer à croire que Nadine va d'une manière ou d'une autre aller mieux.
Après cinq quintes de toux sèches et horribles, Nadine expulse avec force une grosse boule de bile mélangée à une gorgée de sang. En voyant ça, Cheryl n'en peut plus, et quitte la pièce à la hâte. Corrine la suit.
A part deux cuisiniers derrière le comptoir, la cafétéria de l'hôpital est vide quand Cheryl arrive en courant. Elle commence à faire les cent pas frénétiquement, tout en se frottant nerveusement les mains.
Corrine entre et se tient près de la porte, observant sa mère. Quelques minutes passent avant que Cheryl ne réalise que Corrine est là.
« Désolée, je… » Cheryl prend une grande inspiration, puis continue, « Ça ira mieux dès que cette étape sera passée et que la chimio commencera à se débarrasser de… »
« Maman. »
« Quoi ? »
Corrine s'approche de Cheryl. « Maman… tu crois pas qu'il est temps ? »
« Temps de quoi ? »
« Temps d'accepter le fait que la chimio ne marche pas… qu'elle ne va pas marcher. »
« Attends… qu'est-ce que tu essaies de dire, Cory ? »
« Maman… tu sais ce que je veux dire. Ça ne sert à rien… »
« Non. »
« Maman, écoute… »
Cheryl se pince vivement les oreilles. « Je ne veux pas entendre ces bêtises. »
« Maman, s'il te plaît… j'ai autant de mal à l'admettre que toi… mais le fait est… Nadine est en train de mourir. »
Cheryl secoue la tête avec défi. « Non… je ne t'entends pas. »
« Maman… »
« Non ! »
Corrine écarte doucement les mains de Cheryl de ses oreilles. « Maman… ça ne sert à rien… la chimio ne marche pas… Nadine va mourir. Elle va mourir, Maman. »
Cheryl se retourne et commence à s'éloigner, mais fait rapidement demi-tour.
« Non ! Elle ne va pas… » Des larmes commencent à couler de ses yeux. « Je ne… » Elle essuie ses larmes. « Je ne peux pas… »
Des larmes commencent à couler sur ses joues. Le moment est venu pour Cheryl d'accepter ce qu'elle redoute depuis la première rencontre avec le Dr. Minoit en septembre… de faire face à la dure réalité du destin inéluctable de sa petite fille.
« Je ne peux pas accepter ça… » Cheryl pousse un soupir profondément mélancolique. « Mais je sais… tu as raison… elle va mourir. »
Les larmes commencent à couler des yeux de Corrine. Elles s'embrassent pour se consoler. Puis Cheryl lève les yeux.
« Oh mon Dieu, non. »
A leur insu, Adèle, qui était venue chercher du jus pour Nadine, se tenait à l'entrée de la cafétéria, entendant toute la conversation. Ses lèvres tremblent vigoureusement, et il est évident qu'elle se bat pour ne pas pleurer. Elle fait rapidement demi-tour et sort en courant de la cafétéria.
Cheryl appelle : « Adèle, chérie, attends ! »
Le Dr. Minoit s'occupe de Nadine quand Adèle entre en trombe dans la salle de traitement de chimiothérapie.
« Tu m'as menti, Nadine ! »