Chapitre 47
La vérité, c'est que, même si elle n'en parle pas, Estelle est super inquiète pour la santé défaillante de Nadine. Ces temps-ci, elle est beaucoup plus mince et fragile d'apparence; tout en affichant une coloration jaunie distinctive et semblant avoir des cernes sombres permanents intégrés sous les yeux, causés par le manque de sommeil dû à son incapacité à se sentir à l'aise à cause de la douleur lancinante qu'elle ressent fréquemment. Mais Estelle n'évoque pas ces inquiétudes avec Nadine; elle les garde pour elle.
Adèle commence même à s'inquiéter pour son amie à l'air maladif. Elle croit toujours Nadine quand elle lui dit que les médicaments vont la soigner; mais elle se demande quand cela va arriver. Tout ce qu'Adèle a pu remarquer récemment, c'est que Nadine semble plus malade qu'avant de commencer les traitements. Mais, comme sa grand-mère, elle ne partagera pas ses inquiétudes avec Nadine; elle continue juste d'être là pour elle comme elle l'a promis à Corrine.
Corrine dépose Nadine pour un autre séjour du week-end chez les Wilson. Elles sont accompagnées d'une amie de longue date de Corrine.
"Adèle, voici Missy; l'amie de Corrine."
Étant leur première connaissance, Adèle baisse légèrement les yeux... bien que pas aussi bas qu'avant que Nadine n'aide Adèle à renforcer sa confiance et à se sentir plus à l'aise avec les gens... et tend progressivement la main pour serrer la main de Missy. Adèle dit doucement…
"Enchantée de vous rencontrer, Missy."
"De même… J'ai entendu beaucoup de bonnes choses à votre sujet, Adèle." Missy regarde de plus près les lunettes d'Adèle et sourit avec admiration. "J'adore vos lunettes."
Adèle saisit délicatement chacune des branches des lunettes et, tout en regardant toujours vers le bas, comme si elle avait du mal à croire que quelqu'un d'autre les aimerait en dehors d'elle, demande timidement, "Vraiment ?"
"Ouais… J'adore ce look Vintage. C'était de quand… les années 50… ou 60 ?"
"Les années 50…" elle lève lentement la tête et regarde Missy directement dans le visage; puis déclare fièrement, "Elles appartenaient à mon Grand-père Joe."
Nadine remarque, "Je ne savais pas qu'on pouvait porter les lunettes de quelqu'un d'autre."
Corrine répond, "Bien sûr qu'on peut… tant que vous avez besoin du même type de verres."
Nadine prend la main d'Adèle. "Wow, Adèle; donc tu as exactement la même vue que ton Grand-père Joe ? C'est trop cool."
Adèle regarde immédiatement vers le sol et mord doucement sa lèvre; ce qui rend Nadine curieuse.
"Qu'est-ce qui ne va pas, Adèle ?"
Estelle plaisante, "Oh, elle est juste gênée parce que son secret pourrait éclater."
Adèle se tourne vivement vers Estelle, "Grand-mère."
Corrine plaisante innocemment, "Secret ? Ooo… quel secret ?"
Adèle retire sa main de celle de Nadine et se précipite vers la table de la salle à manger; où elle s'affale sur une chaise et commence à bouder. Corrine réalise qu'elle a involontairement touché un point sensible, et se sent mal d'avoir taquiné Adèle à propos du secret susmentionné.
"Je suis désolée, Adèle… Je plaisantais juste. Je ne voulais pas te contrarier. Pardonne-moi ?"
"Corrine, ma grande, s'il te plaît. Tu n'as pas besoin de t'excuser auprès de cet enfant." Estelle s'approche et passe sa main en plaisantant dans les cheveux d'Adèle tout en les informant, "Elle fait juste un foin pour rien. Voyez… elle n'a pas besoin de ces lunettes. Elle les porte juste parce qu'elle pense qu'elles la rendent plus intelligente."
Nadine s'approche d'Adèle. "Adèle… est-ce vrai ? Tu n'as pas besoin de porter de lunettes ?"
Adèle regarde hésitante Nadine, ressemblant à un chiot qui vient d'être pris en train de se comporter mal, et marmonne humblement, "Ouais."
Nadine peut voir à l'expression de son visage qu'Adèle en a honte. Elle caresse tendrement la joue d'Adèle avec la paume de sa main.
"C'est bon, Adèle. Mais pourrais-tu me rendre service ?"
"Quoi ?"
"Enlève-les… juste une minute."
Adèle retire lentement les lunettes, exposant deux des yeux bruns les plus envoûtants et les plus doux que Nadine ait jamais vus. On dit que "les yeux sont les fenêtres de l'âme"; et dans le cas d'Adèle, cet adage ne pourrait pas être plus vrai. En regardant ces deux globes parfaits et séduisants, on ne peut s'empêcher de voir la pureté innocente de l'essence qui émane de son âme intérieure à travers eux; car ils affichent une gentillesse sincère que l'on trouve rarement chez la plupart des gens.
"Je le savais. Adèle… tu as de beaux yeux."