Chapitre 49
Encore sous le choc de cette ressemblance étrange, Estelle reste temporairement sans voix, inspirant un long halètement tout en secouant la tête, incrédule. Ses yeux commencent à larmoyer. Elle finit par pouvoir répondre à Adèle, mais elle a l'air d'être sur le point de pleurer.
"Y'a rien qui va pas…" elle secoue à nouveau la tête, "Mon Dieu, Adèle… t'es magnifique, ma fille."
"Vraiment ?"
"Oh oui, Suga'bear… va te regarder dans le miroir."
Soulignée par sa forme naturellement statuaire, la 'nouvelle' Adèle descend gracieusement les escaliers. En descendant, ses cheveux luxueux à la texture veloutée… maintenant raidis et brossés loin de son visage… s'écoulent élégamment, flattant les contours de sa structure osseuse faciale. Pendant ce temps, elle affiche un teint clair, brun clair, couleur caramel, brillant sous une touche de maquillage ; pas excessif, mais juste ce qu'il faut pour accentuer ses jolis traits.
Une fois en bas des marches, Estelle et Nadine accompagnent Adèle vers le miroir accroché au mur de la salle à manger. Elles se tiennent derrière elle, admirant sa beauté dans le reflet ; tandis qu'Adèle se regarde dans le miroir.
"Alors, Suga'bear… qu'est-ce que tu en penses ?"
Des larmes commencent à couler sur le côté du visage d'Adèle et ses lèvres se mettent à trembler. Elle inspire profondément, puis expire lentement tout en commençant à s'essuyer les joues.
"Grand-mère… je suis un papillon maintenant."
"Oui… oui, tu l'es, Suga'bear."
Nadine s'approche d'Adèle et lui entoure la taille de ses bras ; puis se penche, posant son menton sur l'épaule d'Adèle. En regardant leurs reflets, Nadine remarque…
"Tu vois, Adèle… maintenant, quand les gens nous verront, tu seras la belle ; et moi, je serai la freak."
Adèle se retourne rapidement pour faire face à Nadine et déclare avec emphase : "Ne te dis pas ça, Nadine ; tu n'es pas une freak… tu es belle… tu seras toujours belle." Elle se tourne vers Estelle. "N'est-ce pas, Grand-mère ?"
En regardant leurs images se refléter dans le miroir… tout comme sa petite-fille, qui ne ressemble plus à Adèle, mais plutôt à sa fille Charmaine… Estelle ne voit pas Nadine comme la jeune fille fragile et mourante, au visage creux et à l'air maladif ; mais maintenant, elle ne peut voir que cette jeune fille autrefois robuste et tolérante qui avait été la première des pairs d'Adèle assez gracieuse pour regarder au-delà de ces "défauts" extérieurs et voir à quel point sa petite-fille était vraiment spéciale. Une jeune fille qui, il y a quelques mois seulement, avait eu suffisamment de perspicacité un soir, alors qu'elle était dans leur cuisine, pour déclarer : "Eh bien… son cerveau est peut-être un peu faible… mais elle a certainement un cœur fort". Ces mots se sont gravés joyeusement dans l'esprit d'Estelle cette nuit-là ; et ils y resteront jusqu'au jour de sa mort. Et en se souvenant de ce moment, à partir de maintenant, ce sera la Nadine Martin qu'Estelle Wilson verra et dont elle se souviendra toujours.
Estelle pose un bras sur le dos de chacune d'elles et les tourne doucement pour qu'elles fassent face au miroir. Tout en se tenant derrière elles, alors qu'elle regarde leurs visages dans le miroir, Estelle affirme avec amour et avec la plus sincère des convictions…
"En ce moment… je regarde les deux plus belles filles du monde entier."
Le lundi matin, les élèves du lycée Roosevelt sont tous en effervescence alors que Nadine accompagne la 'nouvelle' Adèle, vêtue de ce qui est considéré comme une tenue plus à la mode… coordonnée par le même trio qui a supervisé son relooking… dans le couloir avant le cours. Certains complimentent Adèle directement ; mais la plupart font des commentaires favorables sur son nouveau look entre eux.
En passant devant le 'Cool Crew' qui parle devant le casier de Christy, la transformation récente éblouissante d'Adèle attire immédiatement l'attention de Leah.
"Sans blague… O.M.G…. c'est Adèle Wilson ?"
En la voyant, Troy apparaît instantanément impressionné par la nouvelle image d'Adèle. "Ouais… je crois que c'est elle. Yo… elle est super canon."
Frankie, toujours furieux des punitions que lui et ses coéquipiers subissent encore de la part de l'entraîneur à cause de l'incident du casier, refuse d'accorder à Adèle le moindre crédit ou compliment, peu importe à quel point elle pourrait le mériter. Il lance à Troy un regard dédaigneux et, avec beaucoup de mépris dans le ton de sa voix, lui rappelle…
"Mec… c'est la Retard dont tu parles."
Toujours enchanté par sa beauté nouvellement exhibée, Troy ignore les remarques mesquines de Frankie et affirme : "Peut-être… mais c'est une retard canon."
Christy, qui fait également face aux répercussions de son complot contre Nadine et Adèle, et visiblement agacée par toute l'attention qu'Adèle reçoit, claque son casier. Elle ricane tout en remarquant avec mépris…
"N'importe quoi."
M. Trudeaux est assis à son bureau en train de corriger des copies lorsque Nadine s'arrête dans l'embrasure de la porte et frappe sur son cadre. "Excusez-moi, M. Trudeaux ; vous avez une minute ?"
Il pose les papiers, croise les bras sur sa poitrine et se penche en arrière sur sa chaise. "Pour vous, Mme Martin ; toujours. Que puis-je faire pour vous ?"
"Il y a quelqu'un que j'aimerais que vous rencontriez." Elle regarde vers le couloir. "Entrez."
Adèle entre timidement ; mais elle affiche toujours un soupçon de fierté dans son nouveau look. "Salut, M. Trudeaux." Elle demande avec anxiété : "Qu'est-ce que vous en pensez ?"